Un traceur ne se compare pas comme une imprimante de bureau. Le prix d'achat va de 12 000 à près de 600 000 DH, mais ce n'est presque jamais lui qui décide du coût réel : c'est la largeur des plans que vous sortez, le type d'encre, et surtout ce que la machine coûte quand elle ne tourne pas. Un traceur peu utilisé est plus cher à l'usage qu'un traceur très utilisé — c'est le contraire de tout le reste du matériel informatique.

Ce guide part de là, puis descend dans ce qui départage réellement les modèles. Il s'appuie sur notre rayon traceurs, qui couvre les gammes HP DesignJet, Canon imagePROGRAF et Epson SureColor. Pour l'impression bureautique classique, c'est notre guide d'achat imprimante qu'il faut lire.

24 ou 36 pouces : la question qui coûte le plus cher

C'est la première décision, et celle sur laquelle on se trompe le plus souvent — dans les deux sens.

Le 24 pouces sort du A1 en pleine largeur. Il couvre les plans d'architecture courants, les schémas techniques, les tirages d'exécution. C'est le format d'entrée du rayon, à partir d'environ 12 400 DH pour un HP DesignJet T230.

Le 36 pouces sort du A0. Il occupe plus de place au sol et coûte plus cher à l'achat, mais il fait tout ce que fait le 24 pouces.

Le raisonnement qu'on entend le plus souvent — « on prend le 24, et les rares A0 on les fait sous-traiter » — mérite d'être posé en chiffres, parce qu'il est presque toujours faux :

  • Un A0 sous-traité coûte quelques dizaines de dirhams, mais il coûte surtout un déplacement et une demi-journée d'attente. Et il arrive rarement seul : un dossier de permis, une remise d'offre, une réunion de chantier en demandent plusieurs d'un coup.
  • Le surcoût à l'achat entre un 24 et un 36 pouces de même gamme est de l'ordre de 2 000 à 3 000 DH — un DesignJet T630 en 24 pouces contre le même en 36 pouces.
  • Le sous-traité se paie à chaque tirage ; le 36 pouces se paie une fois.

Dès qu'un A0 est nécessaire plus d'une fois par mois, le 36 pouces est rentabilisé dans l'année. Et une agence qui ne sort jamais d'A0 aujourd'hui en sortira le jour où elle décrochera le dossier qui l'exige.

Le coût par plan, sur trois ans

C'est le seul calcul qui compte, et c'est celui que personne ne fait avant d'acheter. Le raisonnement est le même que pour le coût par page en bureautique, avec deux différences qui changent tout : la surface imprimée est dix à vingt fois plus grande, et les cartouches sont vendues en grands volumes.

Ce qu'il faut additionner sur trois ans :

  • La machine, et souvent son socle — attention, il n'est pas toujours inclus : un socle Canon SD-23 coûte à lui seul près de 5 700 DH. Un traceur posé sur une table sans bac de réception fait tomber les plans par terre ; ce n'est pas un accessoire de confort.
  • Les encres, en tenant compte du nombre de cartouches : une machine à 5 ou 6 encres coûte plus cher à remplir qu'une machine à 4, mais elle couvre des usages que l'autre ne couvre pas.
  • Le papier, au rouleau — le poste le plus prévisible.
  • Les têtes d'impression, et c'est le poste qu'on découvre trop tard. Voir la section suivante.

Divisez le total par le nombre de plans réellement sortis. C'est là qu'un traceur peu utilisé se révèle ruineux au plan, et qu'un modèle un peu plus cher à l'achat mais mieux dimensionné devient le moins cher à l'usage.

Le piège de l'inactivité

Voici la particularité du traceur, et la raison pour laquelle on ne l'achète pas comme une imprimante : une machine qui ne sert pas s'abîme plus vite qu'une machine qui sert.

L'encre sèche dans les buses. Le traceur le sait et se défend tout seul : il déclenche des cycles de nettoyage automatiques, qui consomment de l'encre — votre encre — sans imprimer un seul plan. Une machine allumée et inutilisée pendant trois semaines aura consommé de l'encre pour rien, et si l'obstruction s'installe malgré tout, c'est la tête qu'il faut remplacer.

L'ordre de grandeur mérite d'être connu avant l'achat : une tête d'impression universelle Canon coûte environ 10 400 DH. Sur une machine à 20 000 DH, c'est la moitié du prix d'achat.

Trois conséquences pratiques :

  • Sortez un plan de temps en temps, même inutile, plutôt que de laisser la machine dormir des mois.
  • Laissez-la sous tension plutôt que de la couper : c'est éteinte qu'elle ne peut plus se protéger. Le surcoût électrique est dérisoire devant une tête à remplacer.
  • Un usage très occasionnel change la conclusion de l'achat : en dessous de quelques plans par mois, la sous-traitance redevient une option sérieuse. Nos conseils d'entretien valent aussi ici.

Encre pigmentaire ou colorant : où va le plan ?

La question se tranche sur une seule information : ce que le plan va subir après être sorti de la machine.

L'encre à colorant donne des couleurs éclatantes et coûte moins cher. Elle convient à une présentation, à une affiche intérieure, à un rendu qu'on regarde puis qu'on range.

L'encre pigmentaire résiste à la lumière, à l'humidité et au frottement. C'est elle qu'il faut dès que le plan part sur un chantier : déplié au soleil sur un capot de voiture, manipulé par cinq personnes, parfois laissé dans une baraque de chantier pendant des semaines. Un plan à colorant pâlit dans ces conditions ; un plan pigmentaire tient.

Sous notre climat, l'argument est plus fort qu'ailleurs : l'ensoleillement direct sur un tirage posé dehors est autrement plus agressif qu'en Europe du Nord. Pour un bureau d'études ou une entreprise de travaux, le pigmentaire n'est pas une option de confort.

Combien d'encres, et pour quoi faire

  • 4 encres — le plan technique, le trait, le texte, les aplats simples. C'est ce que fait un bureau d'études 90 % du temps, et c'est ce que couvrent les gammes d'entrée comme le T230 ou le Canon TM-200.
  • 5 à 6 encres — on ajoute des nuances qui améliorent les dégradés et les rendus de présentation. Le Canon TM-350 en 5 couleurs vise ce besoin mixte : technique au quotidien, rendu client à l'occasion.
  • 8 encres et plus — c'est le domaine de l'affiche, de la reproduction photographique et de la signalétique, pas du plan. Le Canon PRO-4100S en 44 pouces appartient à ce monde-là.

Le réflexe qui évite l'erreur : ne payez pas des encres pour un usage que vous n'avez pas. Chaque encre supplémentaire est une cartouche de plus à acheter, à stocker et à remplacer — y compris si vous ne l'utilisez presque jamais.

Traceur simple ou multifonction ?

Un traceur multifonction ajoute un scanner grand format. La différence de prix est considérable — comptez le double, parfois plus — et elle ne se justifie que dans un cas précis : vous numérisez régulièrement des plans existants.

C'est fréquent en réhabilitation, en relevé d'existant, dans un service technique qui archive des plans papier anciens. Ça l'est beaucoup moins dans une agence qui ne travaille que sur ses propres fichiers.

Deux façons d'y arriver : une machine conçue ainsi, comme le Epson SureColor T5700DM ou le HP DesignJet T2600, ou un scanner grand format à adjoindre à un traceur existant. La seconde voie mérite d'être chiffrée avant de remplacer une machine qui fonctionne. Le raisonnement rejoint celui de notre comparatif scanner dédié ou multifonction.

PostScript : à qui ça sert vraiment

Le PostScript est un langage de description de page. Sur un traceur, il sert à interpréter fidèlement les fichiers issus des logiciels de mise en page et de dessin vectoriel, et à garantir que les couleurs sortent comme elles ont été validées à l'écran.

L'écart de prix n'est pas anecdotique : dans notre catalogue, un DesignJet T1600 en 36 pouces et le même en version PostScript sont séparés par près de 44 000 DH.

La règle est simple : si votre chaîne de travail est purement CAO — plans, coupes, façades — vous n'en avez pas besoin. Si elle passe par des logiciels de mise en page, si vous imprimez des rendus dont la couleur engage votre signature, alors il se justifie.

Ce qu'on vérifie avant de commander

  • Le socle et le bac de réception sont-ils inclus ? La réponse est souvent non sur les gammes d'entrée.
  • L'encombrement réel, bac déplié. Un 36 pouces demande un dégagement à l'avant que le plan d'implantation oublie systématiquement.
  • La connectique et le réseau : une machine partagée entre plusieurs postes se branche en Ethernet ou en Wi-Fi, jamais en USB sur un seul ordinateur.
  • Les pilotes pour vos logiciels de CAO, dans leurs versions réellement installées chez vous.
  • La disponibilité locale des consommables — encres, têtes, rouleaux. Une machine dont la cartouche se commande à l'étranger devient un problème au premier réassort. Les rouleaux de papier, les cartouches et les têtes d'impression sont regroupés avec les machines dans le rayon traceurs lui-même ; le rayon consommables couvre le reste des références bureautiques.
  • L'alimentation électrique. Une coupure en plein tirage d'un A0 gâche le plan, le papier et l'encre — et peut laisser une tête en position dangereuse. Un onduleur se justifie ; notre guide d'achat onduleur explique comment le dimensionner.

Repères de budget

Prix TTC constatés dans notre catalogue, à titre indicatif :

  • 12 400 à 22 000 DH — l'entrée de gamme, en 24 et 36 pouces : DesignJet T230, T525, T630, Canon TM-200. Le socle de l'agence qui démarre.
  • 20 000 à 31 500 DH — les Canon imagePROGRAF TM-300 et TM-350, pour un usage quotidien et des rendus soignés.
  • 39 000 à 50 000 DH — les machines de production : DesignJet T730, T850, Studio, Epson SureColor T5700D.
  • 54 000 à 105 000 DH — le haut de gamme et le multifonction : T1600, T1700, T950, Epson T7700DM.
  • 166 000 à 598 000 DH — les grandes largeurs et la production graphique.
  • 5 700 DH — un socle. 10 400 DH — une tête d'impression. Deux chiffres à garder en tête au moment de comparer deux devis.

Le rayon s'appuie sur HP, Canon et Epson, les trois constructeurs qui structurent ce marché.

Quel traceur pour quel métier

Cabinet d'architecture ou bureau d'études qui démarre

36 pouces, 4 encres, encre pigmentaire si les plans partent sur chantier. Prévoyez le socle dans le budget dès le départ.

Bureau d'études établi, tirages quotidiens

36 pouces de gamme production, 5 à 6 encres, réseau, et un contrat de consommables. C'est le profil où le coût par plan doit être calculé sérieusement avant de choisir.

Service technique, collectivité, réhabilitation

Multifonction avec scanner grand format, pour numériser l'existant autant que pour imprimer le neuf.

Entreprise de travaux, chantier

Encre pigmentaire, sans hésiter, et une machine robuste. Le plan doit survivre au soleil, à la poussière et aux mains.

Reprographie, signalétique, photo

8 encres et plus, grande largeur. Ce n'est plus un traceur de plans, c'est une machine de production graphique.

Questions fréquentes

24 ou 36 pouces ?

36 pouces dès qu'un A0 est nécessaire plus d'une fois par mois. L'écart à l'achat est de 2 000 à 3 000 DH sur une même gamme ; la sous-traitance, elle, se paie à chaque tirage et coûte surtout un déplacement et une attente.

Pourquoi mon traceur consomme-t-il de l'encre sans rien imprimer ?

Parce qu'il se nettoie. Les cycles automatiques empêchent l'encre de sécher dans les buses, et ils consomment de l'encre. C'est le prix à payer pour protéger des têtes qui coûtent plusieurs milliers de dirhams — et c'est pourquoi une machine peu utilisée revient plus cher au plan qu'une machine très utilisée.

Faut-il éteindre le traceur le soir ?

Non. Éteinte, la machine ne peut plus lancer ses cycles d'entretien et l'encre sèche. Laissez-la sous tension : le surcoût électrique est sans commune mesure avec le prix d'une tête d'impression.

Encre pigmentaire ou colorant ?

Pigmentaire dès que le tirage sort du bureau : elle résiste à la lumière, à l'humidité et au frottement. Colorant si les plans restent à l'intérieur et servent à présenter. Sous notre ensoleillement, un plan de chantier à colorant pâlit vite.

Le PostScript est-il indispensable ?

Pas pour de la CAO pure. Il se justifie si votre chaîne passe par des logiciels de mise en page ou si la fidélité colorimétrique engage votre travail. L'écart de prix entre deux versions d'un même modèle peut dépasser 40 000 DH : c'est une décision à prendre en connaissance de cause.

Le socle est-il compris ?

Souvent non sur les gammes d'entrée. Comptez près de 5 700 DH pour un socle constructeur. Sans lui ni bac de réception, les plans tombent au sol en sortie de machine.

Peut-on imprimer des plans sur une imprimante A3 ?

On peut réduire un A1 sur un A3, mais les échelles ne sont plus respectées et les cotes deviennent illisibles. Pour un usage de lecture ponctuelle, cela dépanne ; pour un document d'exécution ou un dossier remis, non. Notre guide de la multifonction de bureau traite ce besoin-là.

Quelle est la durée de vie d'un traceur ?

Cinq à dix ans sans difficulté, à condition qu'il serve régulièrement. Ce qui tue un traceur, ce n'est pas l'usure : c'est l'inactivité prolongée, puis une tête obstruée qu'on ne remplace pas parce qu'elle coûte trop cher devant la valeur résiduelle de la machine.

Combien coûte réellement un plan ?

Impossible à donner dans l'absolu : cela dépend du taux de couverture du plan, du modèle et surtout du nombre de tirages annuels, puisque l'amortissement et les cycles d'entretien se répartissent dessus. C'est justement pour cela qu'il faut faire le calcul sur trois ans, avec vos volumes réels — nos conseillers peuvent le poser avec vous avant l'achat.

En résumé

Commencez par la largeur, et tranchez-la sur la fréquence réelle des A0, pas sur une moyenne théorique : c'est la décision la plus coûteuse à corriger après coup. Choisissez ensuite l'encre selon la destination du plan — pigmentaire dès qu'il sort du bureau — puis le nombre d'encres selon ce que vous imprimez vraiment, sans payer des nuances que vous n'utiliserez pas.

Et surtout, intégrez l'inactivité dans votre calcul. Un traceur est la seule machine du parc qui coûte plus cher quand elle ne sert pas. Si vous sortez moins de quelques plans par mois, la vraie question n'est pas quel modèle acheter, mais s'il faut en acheter un. Pour équiper un service complet, notre guide équiper un parc informatique replace le traceur dans l'ensemble.